Paris, la ville qui rend désagréable et pressé ?

Hier, j’ai fait une agréable promenade avec ma sœur sur les Champs Elysées. On voulait profiter d’être sur place pour faire un tour au marché de noël qui s’est installé entre l’Arc de Triomphe et la Place de la Concorde.

C’était très sympa, cela nous a plus ou moins donné des idées de cadeaux, nous avons pu sentir avec délectation les effluves de marrons grillés, de crêpes au nutella, de chocolats, de churros, de pommes d’amour, de pain d’épice, de toutes ces choses sucrées qui nous rappellent notre enfance et qui sont souvent associées aux douces périodes de fin d’année.

Tout cela sur fond de chants de noël, avec des décorations assorties et lumineuses un peu partout, ça donnait un air très féérique au paysage parisien. Un instant, si on avait fermé les yeux très fort, on aurait presque pu se croire ailleurs.

Mais la dure réalité ne nous a pas vraiment quittées : nous étions bel et bien à Paris, comme le témoignaient les centaines, les milliers, les millions de personnes qui se promenaient comme nous sur les Champs (je m’enflamme un peu, mais c’est surtout parce que je ne me suis pas amusée à compter les gens qui nous entouraient : disons, pour faire simple, que nous étions vraiment très nombreux).

Donc forcément, il a fallu faire la queue, patienter, se faire bousculer sans (trop) rien dire, attendre sans hurler alors qu’on mourrait de chaud dans les magasins, retenir les insultes qui ne demandaient qu’à s’échapper de notre bouche lorsqu’on se faisait marcher sur les pieds sans un seul mot d’excuses ou encore tenter tant bien que mal d’émerger de cette foule massive et indifférente pour respirer deux minutes.

A force de m’entendre pester sans arrêt contre tous ces gens désagréables et impolis, ma sœur a fini par me faire une remarque très pertinente : « Depuis que tu habites à Paris, je trouve que tu as changé. Tu râles plus souvent, tu es tout le temps impatiente, j’ai l’impression que tu ne l’étais pas autant avant ».

Alors que je tentais de lui répondre, étonnée de son analyse, je dus patienter trois bonnes minutes devant un amas de personnes qui, manifestement, avaient jugé bon de s’arrêter en plein milieu d’une minuscule allée de magasin pour discuter le bout de gras. Au bout de la quatrième minute et demie, la sueur me dégoulinait sur le front, je commençais à m’échauffer, mes « pardon, veuillez m’excuser, je voudrais passer » restant sans effet, je finis par faire ce dont tout parisien a l’habitude : je me suis imposée, en marchant avec détermination à travers le groupe, telle une jeune parisienne pressée.

Le groupe s’est automatiquement scindé en deux, telle la Mer Rouge devant Moïse (mate la référence culturelle ;)). Et c’est là que j’ai compris : un parisien agréable, gentil ; poli n’obtient rien. Les gens voient immédiatement que la personne n’est pas pressée et qu’il n’y a pas d’urgence…alors ils prennent leur temps et font ce qu’ils veulent. Alors qu’un parisien déterminé, débordé et relativement fermé obtiendra tout ce qu’il veut : les personnes se poussent devant lui, se plient en quatre même pour le laisser passer – quitte à se mettre dans des positions impossibles – et il ne leur viendra même pas à l’esprit de râler contre le parisien en question justement à cause de cet air fermé.

C’est un petit peu le principe de « manger ou être mangé ». Le Parisien est très animal dans ses rapports avec les autres. Et il l’est non pas parce que ce comportement correspond à sa personnalité, mais parce que s’il ne passe pas le cap et reste aimable et gentil en toutes circonstances, il se fera happer par des hommes et des femmes plus imposants que lui.

Donc en somme, même si ma première réaction a été de nier en bloc le fait que j’ai changé depuis que j’ai emménagé dans la capitale, il m’a bien fallu reconnaître que oui, c’est vrai, Paris, ça change un homme. Ou une femme. Ca te pousse dans tes retranchements. Ca t’oblige à t’imposer là où tu n’avais pas spécialement l’habitude de le faire. Et puis, avoir « l’air parisien » (pressé, désagréable, déterminé), c’est plus facile que de paraître celui qu’on est avec ses proches : gentil, poli, effacé, de bonne humeur.

Le Parisien porte un masque qui lui permet d’avancer tout au long de sa journée sans être trop embêté. Certains, comme moi, s’empressent de l’enlever dès qu’ils rentrent chez eux. Mais manifestement, ceux qui nous connaissent bien ne sont pas dupes et voient clair dans notre jeu. Espérons que ce masque ne me collera jamais à la peau : je ne supporterai pas de devenir désagréable et pressée « à temps plein »…

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18 comments

  1. Gaëlle says:

    Oui mais aussi faut dire, les Champs Elysées avant Noël, c’est l’enfer !
    Je me suis fait cette réflexion-là aussi l’autre jour : les gens m’insupportent à être désagréables, impatients, etc, mais en fait… je suis devenue un peu comme eux j’ai l’impression…

  2. So busy ! says:

    @ Bunny : j’espère, j’espère ! PS : moi aussi, maintenant… ^^

    @ Colinette : c’est vrai que le râleur par excellence, c’est le parisien ! J’espère que je retrouverais cette zenitude, j’espère…

    @ Gaëlle : tout à fait d’accord avec toi, c’est l’enfer ! Et au final, on est un peu obligé d’être comme eux, sinon on se fait manger tout cru. C’est triste…

  3. abcemploi says:

    Etant de province, on est pressé aussi, mais pas comme à Paris. Je l’ai bien remarqué lorsqu’un jour, je devais me rendre à la capitale pour un entretien d’embauche. Quelque chose de flagrant : j’étais dans le métro au pied d’un escalier. J’allais le monter quand soudain une horde de personnes dévalait à toute vitesse ces escaliers. J’ai eu un mouvement de recul et je restais ébahie devant cette scène. Cela me donnait l’impression d’une invasion de sauterelle qui avait surgit de nulle part. Bon heureusement que mon image de Paris ne se limite pas à ça (il y a de belles choses à voir), mais ça surprend quand-même.

  4. La belle bleue says:

    Dans le sud, ils sont pas mal non plus… Ils te passe devant sans un sourire et on peut se gratter pour obtenir un merci (du coup, je hurle un « DE RIEN » bien fort pour faire réagir, en général ça fait tilt ^^).
    Je ne parle pas des gens qui marchent à reculons tellement ils vont lentement (même 1 à l’heure, c’est rapide, à côté) et qui s’arrêtent en plein milieu de l’allée !!

    Pourtant je ne suis pas Parisienne, je suis juste râleuse ;) (j’en suis encore au stade « je n’ose pas m’imposer », en plus)

  5. Mayoka says:

    Tellement vrai…
    Il y a ceux qui te pousse dans les couloirs du métro aussi, parce que tu comprends le pauvre chou il va rater son métro et attendre 2 minutes le prochain c’est la fin du monde >_>

    Dans un autre style, les voitures. Le petit bonhomme est vert, tu traverses et la tu te fais klaxonner parce que vert ou pas pour toi la voiture doit passer même si c’est en grillant le rouge. Combien j’en ai traité de connard comme ça.

    Paris énerve quoique tu fasses, il y en aura toujours un pour t’enlever le calme que tu avais en sortant de chez toi.

  6. DarkGally says:

    Je suis fière d’être une vraie parisienne râleuse (100% pur souche). Tu me verrais dégager les gens dans le métro…un art !
    Enfin, y a pas de Parisiens sur les Champs à cette période, juste des touristes (le parisien n’aime pas les touristes)

  7. La journaliste IT Pink et Green says:

    Ben disons que les Champs-Elysées c’est pas vraiment l’endroit où tu trouveras les parisiens typiques… C’est truffé de touristes, Français ou pas.
    Mais sinon je te rejoins tout à fait, en arrivant à Paris cette agressivité m’a frappée. Aussi bien en ville que dans les escalators (gare à ton dos si tu ne te ranges pas correctement dans la file de droite !) et en voiture. La manière qu’on les parisiens de se planter dans la file de voiture est tout bonnement hallucinante. Et pourtant ça marche. Si tu attends gentiment ton tour, ben tu l’as jamais. Si tu t’imposes, les gens plient. Dingue.

  8. stelda says:

    Ca devient comme ça aussi en Province… Les gens ne supportent plus d’attendre un quart de seconde dans une boutique, ou ils se mettent à râler comme des fennecs!

  9. Laurie says:

    Je ne connais paris qu’en tant que touriste donc c’est difficile de juger, mais en tant que Marseillaise, je peux te dire que c’est pareil là bas et ça râle tout autant … avec l’accent par contre ;-) !

  10. nana says:

    bon en même temps,les champs à noel, c’est pas l’endroit le plus zen…
    je sais bien que tout ça est vrai… mais quand j’habitais paris, je n’en souffrais pas.j’y suis retournée à la toussaint, et j’ai été agréablement surprise. le vendeur de ticket de métro a pris son temps avec moi, on a papoté, cool… au musée idem… tout sourire… dans la rue une dame m’a demandée si j’avais besoin d’aide avec mes 2 zouaves, la poussette et les courses… dans le metro des gens m’ont souri en voyant mes 2 zouaves s’extasier d’être dans le metro… je crois que j’ai oublié tous les côtés moins sympas…;)

  11. Lily says:

    On est (les parisiens) comme ça parce que c’est TOUTE la journée qu’on est confronté à la foule, au gens qui gênent etc.
    Si c’était une fois par jour, on serait patients et polis je pense…

  12. Deby says:

    Et bien je ne suis pas DU TOUT d’accord.

    Je suis parisienne depuis plus de 20 ans (ou là là ça ne me rajeunit pas) et je peux te dire que je suis restée polie et aimable avec TOUT le monde et que pour autant je passe dans les groupes sans problème et même je dirais que je n’attends pas des heures d’être servie bien au contraire.

    Comme je suis aimable au milieu de ces gens désagréable et bien j’ai toujours droit à un petit truc en plus, un petit service spécial.

    Par contre je dois bien avouer que j’évite les trucs à touriste (comme les champs pour le marché de Noël) parce que sinon je sais que je vais y perdre mon temps.

    Le truc c’est de vivre Paris comme un village dans ton quartier, dans tes quartiers qui ne sont pas des quartiers à touristes / commerce (genre grand boulevard) bref sorti du Paris « société de consommation » pour découvrir et vivre dans le Paris « village ».

    Si tu veux je te le fais découvrir :)

  13. MELODY says:

    Bonjour par ici !

    J’espère que tout va bien, surtout maintenant que tu es rentrée xD

    Je croirais me lire, tiens ! Paris a le même effet sur moi. Mais heureusement, pas assez pour me changer =)

    Gros bisouxxx et belle journée

  14. Melle Serena says:

    Je trouve ça malheureux quand même, être obligé e se montrer désagréable pour passer une journée potable c’est dommage, on perd un peu ce qui a de magique, à savoir le sourire.
    Après je ne te juge pas, pour avoir fréquenté Paris je comprends tout à fait cette attitude, il vaut mieux ça que se faire marcher dessus en permanence..
    Au final c’est probablement utopique mais je me dis que si chaque personne avait plus de civilité tu ne serais pas obligée de porter ce masque et ta journée serait plus agréable.

    Très bon article en tous cas, et très réaliste!

  15. Audrey.K says:

    Rhâa, la mauvaise humeur et l’incivilité c’est un peu comme une épidémie… D’ailleurs l’inverse est aussi valable: en Australie, les gens sont attentionnés, souriants, ils t’abordent en te demandant « comment ça va? » même à la banque et au supermarché… et du coup bein même les français (d’habitude méfiants et grincheux) en font autant ^^

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